Au micro de Clémence


Traverser les frontières sonores : entretien avec Clémence Baillot d’Estivaux

Il y a des entretiens qui creusent, qui déplacent, qui ouvrent des brèches. Celui que j’ai eu avec Clémence Baillot d’Estivaux pour son podcast La Carte et le Territoire en fait partie.

En revenant sur mon parcours et sur Les Gens qui Partent, nous avons touché à des questions qui dépassent largement la musique : celles du déplacement, de l’appartenance et des identités mouvantes.

De la flûte aux frontières

Dans cet échange, j’ai eu l’occasion de revenir sur mon parcours musical, qui s’est toujours inscrit dans une forme de déplacement. Des bancs du Conservatoire de Bastia à ceux de Rueil-Malmaison, de Dijon à Liège, puis aux tournées transatlantiques, ma trajectoire n’a jamais été linéaire. Chaque ville, chaque départ, chaque rencontre ont redessiné ma manière de penser mon instrument et ma place d’artiste. Clémence a su mettre en lumière cette dimension, en me poussant à interroger la manière dont ces déplacements ont influencé mon langage musical.

Un échange qui éclaire autrement mon travail

Parler de Les Gens qui Partent dans ce cadre a été particulièrement enrichissant. Le projet est né d’une volonté de mettre en résonance différents territoires, de questionner la mémoire des espaces et des corps en mouvement. En discutant avec Clémence, j’ai pris conscience de la façon dont mon rapport à la frontière s’est affiné avec le temps : d’abord un simple thème d’exploration musicale, il est devenu une grille de lecture de ma propre expérience.

L’idée que la musique puisse être une forme de cartographie mouvante, capable de rendre compte des tensions, des passages et des silences, a résonné fortement au fil de notre discussion. Ce que je pensais être une quête personnelle s’est révélé être un questionnement plus large, un fil que d’autres tirent aussi, dans différents domaines artistiques.

Ce que signifie « partir »

Le titre Les Gens qui Partent a toujours porté une ambiguïté : parle-t-on de ceux qui décident de partir ou de ceux qui y sont contraints ? De ceux qui laissent derrière eux un territoire, ou de ceux qui emportent une mémoire ? L’entretien avec Clémence a renforcé cette réflexion. Partir, c’est souvent une recomposition, un tissage entre ce qui reste et ce qui se transforme.

Ce podcast a été un espace rare de mise en mots d’une démarche que je porte avant tout par le son. Il m’a permis de formuler ce qui, d’habitude, passe par la musique seule. En cela, c’est un prolongement de mon travail, une façon de donner d’autres contours à ces espaces en tension que j’explore.


J’invite celles et ceux qui le souhaitent à écouter cet épisode de La Carte et le Territoire, et à prolonger cette conversation. Car si la musique parle, elle appelle aussi au dialogue.

La Quarte et le Territoire est un podcast consacré aux acteurs et actrices du monde de la musique et à leur relation au territoire. Le territoire, un mot à la mode qu’il convient de définir. Que représente-t-il pour les artistes, alors que les professeurs d’enseignement artistique appartiennent justement à la fonction publique « territoriale » ? Quelles empreintes laisse-t-il chez les poètes du son ? Je suis Clémence Baillot d’Estivaux, violoncelliste, chanteuse, autrice-compositrice, professeure de violoncelle, et un lundi sur deux, je donne rendez-vous en tête-à-tête à un musicien, une musicienne, un producteur ou une productrice, et, au fil de cartes que je leur montre, nous parlons de leur histoire géographique, de ce qu’ils ou elles font dans la vie, de leurs manières de créer et de leur manière d’habiter notre monde. Nouvel épisode disponible 1 lundi sur 2, dès 6h du matin, sur toutes les plateformes.