H#1 | 2 | 3 | 4” écrit pour l’Ensemble Hopper, est un voyage extatique au travers des vagues submergeantes, puissantes, quelque peu psychédéliques, de sons qui fleurissent à l’infini et de textures qui s’élèvent de manière obsessionnelle.

H#1, H#2, H#3, H#4 de Slinckx : une écoute en éclats
Il y a des musiques qui exigent une écoute en tension, un état de vigilance sensorielle permanente. Les pièces H#1, H#2, H#3, H#4 de Slinckx, écrites pour l’Ensemble Hopper, appartiennent à cette catégorie. Elles ne se laissent pas saisir d’un bloc, mais se dévoilent par fragments, par fulgurances, comme si chaque son était un éclat arraché au silence.
Une architecture du détail
Ce cycle de pièces semble reposer sur une obsession du détail. Chaque attaque, chaque variation de timbre, chaque silence a son poids, son intensité propre. Rien n’est laissé au hasard, et pourtant tout semble surgir de manière organique, comme si la musique s’auto-générait dans l’instant.
L’écriture de Slinckx joue avec des textures instables, des événements sonores qui émergent, disparaissent, se répondent à distance. Ce n’est pas un discours linéaire mais un réseau d’interconnexions, une matière sonore qui évolue en permanence, insaisissable et pourtant d’une grande précision.
Interpréter l’éphémère
Jouer ces pièces au sein de l’Ensemble Hopper demande une attention de chaque instant. L’interprète ne peut jamais se reposer sur un flux continu ou une narration évidente : il faut être dans une écoute absolue, prêt à capter les moindres inflexions du son et à y répondre avec la même intensité.
Cette musique pousse à redéfinir le rôle de l’instrumentiste. Il ne s’agit pas seulement de produire des sons, mais d’habiter un espace sonore en perpétuelle recomposition. Être à la fois réactif et moteur, s’effacer par moments pour mieux réapparaître, travailler sur des intensités minimales sans jamais perdre la tension… Autant de défis qui font de l’interprétation de ces œuvres une expérience à la fois exigeante et fascinante.
Une expérience d’écoute fragmentée
Ces quatre pièces offrent une expérience d’écoute qui ne vise pas l’évidence. On n’y trouve ni mélodie clairement identifiable, ni pulsation stable, ni développement narratif conventionnel. À la place, des événements qui s’entrechoquent, des textures qui se délitent, des éclats sonores qui semblent suspendus entre le silence et la matière brute.
C’est une musique qui oblige à être pleinement présent, à accepter de ne pas tout saisir immédiatement, à se laisser traverser par les sons sans chercher à les fixer. Une musique qui ne raconte pas, mais qui expose, qui met en lumière des tensions et des mouvements imperceptibles.
J’invite celles et ceux qui n’ont pas encore écouté ces œuvres à s’y plonger avec cette idée en tête : accepter l’inconfort de l’inconnu, se rendre disponible à une forme d’écoute qui échappe aux cadres habituels. Car c’est dans cet espace d’incertitude que la musique de Slinckx prend toute sa force.
Revue de presse
CRESCENDO MAGAZINE : « Hopper plays Slinckx : ovation pour une musique jubilatoire »